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Droit de Réponse

Le spectacle Je m’adapte a été joué en Belgique, en France et en Suisse. Les réactions vivent et controversées autour de ce spectacle font aujourd’hui de ce droit de réponse une nécessité. 

Répondre à qui, à quoi, de quoi, pourquoi et comment ? voilà nos préoccupations du moment. 

Avec une dérision douce et colérique nous tacherons de questionner les interrogations fondamentales de l’artiste : où créer ? comment créer ? quel budget pub ? quel acteur bosse moins cher ? dans quelle soirée faut-il aller ? où demander des subventions ? est-ce un mythe qu’il faut coucher ? 

d’autres questions moins primordiales : qu’ai-je envie de dire ? quels sont les évènements à critiquer ? où sont les tabous dangereux qu’il faudrait soulever ? L’humour a t-il sa place dans l’art ? 


Extrait

(Scène du début avant l’arrivée du portrait)

3 personnages, comédiens poussés à l’extrême de leur caricature.
P est le comédien engagé, révolutionnaire, peu importe ce que l’on monte pourvu que cela dénonce. M cette fois-ci veut monter un spectacle qui se vend, quelque chose de rentable. L veut monter Shakespeare une valeur sure.
De discussions en discussions, L annonce qu’il a négocié un sponsor avec l’Angleterre, seule contrainte : un portrait de Charles et Camilla sur scène.

M : Bon la seule chose dont je suis sûre, c’est qu’on doit faire un spectacle d’humour et quand je dis humour, qu’on s’entende, je veux dire drôle !!
P : Un spectacle drôle qui dénonce sans concession ?
M : Non ! Divertissant, léger, efficace…bref vendable dés sept ans.
L : Songe d’une Nuit d’été… c’est féérique, c’est léger, c’est magique pour les enfants toutes ces fées qui volent…
P : Ta couronne pour la galette des rois, tes petites ailes pour le carnaval, t’es rhabillé pour l’année.
M : Ca c’est drôle !!!!
P : Je m’en fous que ce soit drôle, je veux dénoncer !
M : Ben tu dénonces le problème de cette société de consommation qui n’a plus de repaire et qui importe ses galettes de frangipane de Taïwan.
P : Exactement avec de la main d’œuvre sous-payée, pas syndicalisée. Tu me fais honte. Tu consommes sans éthique et ça prouve que tu ne peux pas être une vraie actrice.
M : Comédienne pas actrice !
P : T’as vu où t’en es ? T’es auteuse, metteuse en scène, chorégrapheuse. Mais surtout chieuse. Et cette énergie, tu ferais mieux de la mettre au service des gens dans la rue !
M : T’en es encore là ?? Le grand soir, la révolution…
P : Parfaitement ! La révolution, la vraie révolution, pas la révolution de salon, la révolution des révolutionnaires, la vraie.
M : Tu sais que Léo Ferré grand révolutionnaire, il roulait en Ferrari !
P : Et tu sais que Léo Ferré, il disait que la révolution, il faut d’abord la faire dans sa tête.
Silence
L : Vous savez, je vous observe, on est sur un plateau, et cette colère qui existe, cette distorsion des rapports interhumains, on n’est pas loin de la dramaturgie anglaise.
M : Tu sais où elle est aujourd’hui ta révolution ? Aujourd’hui la révolution elle est sur ma crème de jour, crème révolutionnaire avec effet matifiant, elle est sur mes skis, carving snow révolution ; tu la trouves sur la boîte de jus d’orange avec bec verseur révolutionnaire !
Tu vois c’est comme Shakespeare elle est partout, tu ouvres la porte du frigo, c’est la révolution, tu fermes la porte c’est toujours la révolution. Mais avant tout, la révolution c’est l’embout satiné révolutionnaire sur l’applicateur révolutionnaire de mon Tampax ! Alors la révolution elle est peut-être pas dans ma tête, mais elle surement dans mon cul !!!

Et voilà, j’ai encore parlé de mon cul sur scène, je déteste parler de mon cul sur scène. Le pire, c’est que j’ai absolument rien à dire sur le sujet… Non, c’est vrai et puis je sais pas pourquoi ils me font dire ce truc de comédienne, actrice, comédienne, je m’en fou. Moi d’abord, ce que je voulais faire, c’était de la mise en scène. Et, ce que je risque surtout de faire dans les mois à venir, c’est de vendre des glaces à Lutry cet été. Vous connaissez Lutry ? Remarquez, les glaces sont bonnes.
Pourtant, j’en ai demandé des assistanats à la mise en scène dans le coin et y en a pas un qui a voulu me rencontrer. Peut-être que si j’avais parlé de mon cul…Ah oui,cette année je fais aussi des crêpes à Lutry.

P : Je pense que tu n’as pas le droit de parler de Léo Ferré !
M : Et toi au lieu de nous observer et de faire ton thérapeute comportementaliste muet, dis quelque chose !! Shakespeare il a sûrement écrit un truc là dessus !
L : Sur ton cul ça m’étonnerait ma chérie !!
P : On est des artistes, des professionnels, on a d’autres choses à faire que de ménager vos susceptibilités, on prend sur soi, y a pas que vos ego ! Il faut qu’on avance !
L : C’est avec tes conneries sur la révolutions qu’on tourne en rond mon chéri !

P : Il m’a appelé mon chéri ! C’est pas dans le texte. Pourquoi, il m’appelle mon chéri. Pourtant, il a une fille, une femme. C’est peut être belge comme expression. Enfin, je ne veux pas savoir, j’ai déjà eu trop d’emmerde à vouloir soulever des tabous sur scène. En plus, je m’en fou, j’en ai marre de ce rôle de révolutionnaire colérique. Je voulais faire l’autre personnage, celui qui aime Shakespeare, c’est meilleur pour mon image, ça montre que je sais faire autre chose qu’un énervé qui gueule. Moi j’ai envie qu’on comprenne, que j’ai une vie normale. Je promène mon chien, j’aime aller au bord du lac, j’adore boire du vin avec des amis. Je comprends pas ce rôle de révolutionnaire, moi je vis pour moi pas pour les autres. Je vais y retourner, normalement, si je me souviens bien, je dois taper une grosse colère. Je vais la faire vite, je ne suis pas un comédien fonctionnaire, mais plus vite elle sera faite plus vite ma mère pourra aller se coucher, car c’est elle qui garde notre fils. Bon j’y vais.

Toi, tu penses peut être tourner en rond, mais c’est toi justement qui fonce dans le mur. Et les révolutions sont là pour détruire les murs qui vous empêchent d’avancer.

Putain, ce texte sur la révolution, ça me gave ! Ah, c’est lourd !

La révolution on la fera partout, le théâtre c’est subversif. Si on fait du théâtre, on est révolutionnaire. Shakespeare c’est de la révolution institutionnalisée, donc c’est plus de la révolution ! La subversion aseptisée ce n’est plus de la révolution.

On en parle…

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De et avec Marie Fourquet, Laurent Van Der Rest, Philippe Soltermann.

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